Veranstaltungen: Dokumentation

17.9.2003 | Von:
Justin K. Bisanswa
,
Katell Thébaudeau

Identité Européenne, Traversée et Nouvel Ordre Mondial

Notre monde, dit-on, est en train de devenir un "village" (global village). Au même moment, la tendance aux particularismes est plus forte qu'avant.

Notre monde, dit-on, est en train de devenir un "village" (global village). Au même moment, la tendance aux particularismes est plus forte qu'avant. Comment faire en sorte que cette globalisation ne soit pas une uniformisation ni une homogénéisation, mais qu'elle préserve la spécificité de chaque culture ainsi que la singularité de l'histoire de chaque peuple ?

Les événements récents (guerres des Balkans, génocide rwandais, guerre en République démocratique du Congo, guerre d'Irak, attentats du 11 septembre, etc.) ont aidé à comprendre les insuffisances des médias (CNN) et leur corrélation avec le pouvoir politique., Ils imposent une profonde réflexion sur le nouvel ordre mondial. La préoccupation de la sécurité intérieure justifie-t-elle qu'on déclare la guerre à d'autres pays ? Garantir la démocratie chez soi implique-t-il qu'on amène d'autres États à bafouer la même démocratie ? Les accointances des médias avec les oligarchies financières contribuent-elles à assurer la liberté de presse ? Comment dire, non plus l'identité, mais la multiplicité ?

En ne considérant pas les philosophies non occidentales (chinoises, indiennes, juives, africaines, etc.), l'orientation de l'enseignement philosophique reproduit la même arrogance que celle d'un certain Occident qui s'est érigé en centre du monde. Il faut opérer un éclatement des perspectives afin de produire d'autres centres d'intérêt ? Les thématiques de cette philosophie explosent, symbolisant par là un langage qui se veut pluriel. Le langage lui-même pose la question du vrai. La vérité s'évalue dans la temporalité. La réflexion politique, quant à elle, s'occupe du sort de l'État-nation, dans le cadre des grands ensembles. Ensuite, la réflexion porte sur les mécanismes de négociation à l'intérieur d'un État, et enfin, surgit le problème du droit. S'il n'y a de droit qu'entre-tenu, qu'est-ce qui le fait tenir ? L'éthique, l'ontologie et l'écologie trouvent aussi des développements remarquables à condition d'opérer une autoréflexion.

Les débats sur l'identité avaient pour but d'ancrer l'histoire nationale dans un lieu qui redit sa spécificité et ses interactions : la provenance (unde?) le lieu propre (ubi?) et la destination (quo?). Les divers moments de l'identité nationale s'employaient jusque-là à répondre à ces trois questions du lieu. Mais une lecture du lieu comme traversée (quo?) initie une nouvelle perspective. Au lieu de se poser la question de l'identité européenne, la question sera celle de sa traversée : "Par où, par quoi, par quels faits essentiels et quels effets transférentiels et paradoxaux articule-t-elle ses plans (textuel, sexuel, ontophanique, éthique, politique et esthétique...) ?". La lecture par la catégorie de la traversée pense que la question de l'origine (unde?) de l'identité européenne tant posée est une impasse. L'origine est souvent un antérieur projeté qui n'est plus l'objet d'un questionnement, mais d'une réponse arbitraire. On éclairait souvent le présent européen par le recours à son passé. Mais avec la traversée, la médiation, l'écart, l'entre-deux et l'hésitation éclairent l'origine, car si on rate la traversée, l'origine et la finalité n'ont plus de sens. Les jeunes générations vivent aujourd'hui la dispersion des appartenances et l'éclatement des lieux.

Voilà pourquoi il faudrait privilégier, non pas des lieux assignables, mais des non-lieux, des espaces interstitiels, des déplacements transitoires, la mobilité des passages et la fugacité de l'événementiel. Le discours de la traversée est prudent: il ne sait pas où est le sens, mais peut indiquer le non-lieu impossible où il tangue ; il est conscient qu'il ne dispose pas d'un sol ferme mais d'un territoire qui se dérobe. C'est un balbutiement qui se demande comment tracer ce qui n'est pas encore lisible et surtout quelles sont, dans l'histoire mondiale actuelle, des zones de bifurcation, des retenues, des seuils, des essais et des tensions. C'est un récit qui ne dit plus : "En Europe, il était une fois...", mais plutôt : "En Europe, il arrive..." La traversée ne fonctionne pas avec le "quid" (ce qu'est la chose, ce qu'elle signifie), mais avec l'événementiel, car "qu'il arrive" (quod) vient avant de savoir "ce qui" (quid) arrive. La question de l'avènement précède celle de l'identité ou de l'essence. La philosophie de la traversée s'articule en critiques et interrogations. Le "fondamentalisme historique" est récusé. Il est dangereux de s'approprier un passé sans le critiquer. La philosophie de la traversée récuse cette nostalgie parce que le passé est un inaccompli dont les possibles demandent à éclore. La traversée n'est pas un retour au passé, mais un détour par le passé vers l'avenir. Cela suppose un processus qui privilégie les mouvements transitoires. La traversée se méfie de la promesse qui est une fuite en avant. La promesse est dans ce cas une parole de soi qui donne la joie à une jeunesse qui a perdu la foi au présent. Dans la traversée, le seul espoir valable sera une docte espérance, une espérance critique qui, au sein de tout Etre (esse), remarque les préfigurations du non-encore (nondum). Avec l'inaccomplissement, l'histoire mondiale change. Les grands chefs, les triomphes et les rendez-vous accomplis ne sont pas importants. Ce qui compte, ce sont les absences et tous les rendez-vous manqués.

Res unissent certaines définitions de la modernité (H. Arendt, T. Habermas, A. Touraine) :une nouvelle conscience de l'universel, l'émergence de l'individu par la sécularisation des valeurs et enfin la rationalisation. La modernité est ce qui, au sein d'une formation sociale et historique, assure le principe de renouvellement qui pousse la société vers un dehors, afin de libérer en elle le non-encore accompli. Une fois brisé l'identification entre l'Occident et la modernité, celle-ci désignera des formes multiples engageant d'autres histoires et d'autres cultures. La liberté de presse, par exemple, conduirait le Sujet à réaffirmer qu'il est un Etre qui, par le langage, assume la construction de son rapport au sens. Plus que la liberté de presse, la société devrait revendiquer la liberté d'expression qui va beaucoup plus loin que la simple liberté de presse. La liberté d'expression mobiliserait tout le capital symbolique et affectif du Sujet. Une telle liberté deviendrait appropriation de l'événement, de soi-même et surtout la mise à distance critique des diverses modalités de notre propre expression. La dernière ruse de la logique identitaire du libéralisme économique consiste à permettre la critique tout en la canalisant vers certains secteurs, et non vers les règles du marché. Ne devrait-on pas aller vers le marché en mettant à jour les stratégies des catégories mercantiles qui structurent une certaine forme de pensée libérale (mondiale) comme la bouée de sauvetage ? Quelle sera, par exemple, la position de cette presse "libérée" vis-à-vis de la logique du marché ? Va-t-elle dénoncer le profit et surtout la soumission de l'information aux effets d'annonces afin de satisfaire aux critères de rentabilité ? La division n'est pas extérieure à la société politique. À partir du moment où il y a l'existence du désir, il y a division, pluralité. L'important n'est donc pas d'occulter la division et le conflit en postulant une réconciliation autour de l'Un (qui peut pendre la figure de l'unité nationale, du guide éclairé, du parti au pouvoir, de l'opposition parlementaire, etc.), mais de prendre acte de la pluralité, de la division et du conflit, en multipliant les procédures de suspension provisoire du conflit. Cette notion de procédure implique la discussion, et celle-ci présuppose des citoyens agissant et réfléchissant au sein de l'Espace public... Un programme qui peut être tout, sauf simple et unique !

Notre histoire ne peut plus être vécu ni être pensée comme avant. Alors, si elle ne cède pas à la tentation de retour aux particularismes identitaires, cette génération sera celle qui, la première, pourra instaurer sur des catastrophes (terrorisme, esclavage, génocide, colonisation, apartheid, etc.) un langage qui soit à la hauteur de notre modernité, si l'on entende par là ce qu'écrivait récemment Anette Wievorka dans Déportation et génocide : "La modernité se caractérise par le fait que l'identité se détache du groupe, n'est plus une donnée initiale reposant sur quelques éléments simples, mais une construction personnelle, aléatoire, évolutive et complexe" (Plon, 1992, p. 332). Plus que jamais, l'initial est exposé à l'aléatoire de la rencontre du prochain et à la surprise de son altérité.


Event series

Mapping Memories

Mapping Memories is an event series focusing on commemorative culture in Eastern Europe and beyond. Current events include conferences, summer schools and practical workshops.

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Die Internationalen Konferenzen zur Holocaustforschung dienen dem Austausch zwischen wissenschaftlicher Forschung und der Praxis politischer Bildung. Sie entstehen aus einer Kooperation der Bundeszentrale für politische Bildung/bpb und Partnern aus der Wissenschaft.

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TiT-Veranstaltungsreihe

Themenzeit im Themenraum

Themenzeiten: Kompakte Informationsmodule und anregende Diskussionen mit männl. und weibl. Experten zu Themen der politischen Bildung.

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Veranstaltungsreihe

Checkpoint bpb – Die Montagsgespräche

Alle zwei Monate montags diskutiert der Checkpoint aktuelle Fragestellungen aus Politik, Gesellschaft und Forschung – anspruchsvoll, unterhaltsam und gerne auch kontrovers.

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Veranstaltungsreihe

What's up, America? – Perspectives on the United States and Transatlantic Relations

Mehr als die Hälfte der Europäer steht TTIP positiv gegenüber – in Deutschland und zwei weiteren Ländern jedoch ist die Ablehnung innerhalb der Bevölkerung groß. Anhand dieses Fallbeispiels beschäftigt sich die Podiumsdiskussion mit der Frage, wieso wirtschaftliche Fragen auf beiden Seiten des Atlantiks und auch innereuropäisch auf so unterschiedliche Art und Weise diskutiert werden.

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Blog zur Fachkonferenz

Medienkompetenz 2014

Zielsetzung der Fachkonferenz Medienkompetenz 2014 ist es, theoretische und praktische Konzepte angesichts aktueller digitaler Umbrüche und vor dem Hintergrund bestehender Modelle der Medienkompetenz zu diskutieren und weiterzuentwickeln.

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